[R-G] Des pro-Morales fusillés au Pand

Anthony Fenton fentona at shaw.ca
Thu Sep 18 11:02:11 MDT 2008


Des pro-Morales fusillés au Pando
Bolivie. Arrestation d’un préfet de région après l’assassinat de  
paysans acquis au président.
De notre correspondant à La Paz REZA NOURMAMODE
QUOTIDIEN : jeudi 18 septembre 2008
http://www.liberation.fr/actualite/monde/352662.FR.php

«Nous nous sommes dispersés, car nous étions sans défense, explique  
Rodrigo Melina, rescapé de la tuerie. Les gens se jetaient dans la  
rivière, et là c’était incroyable, ils ont mitraillé ceux qui  
essayaient de traverser.» Depuis le début de la semaine, les  
témoignages glaçants se multiplient et tous racontent comment un  
groupe de paysans fidèles au président Evo Morales, simplement armés  
de bâtons, est tombé, la semaine passée, dans une embuscade tendue par  
des hommes armés à 30 kilomètres de Cobija, capitale de la région  
amazonienne du Pando (nord de la Bolivie).

Fosse commune. Déplacés dans la capitale par les autorités pour les  
mettre à l’abri, et rassemblés mardi dans les salons du Parlement,  
certains rescapés assurent même que de jeunes enfants figurent parmi  
les victimes. «Nous sommes arrivés à la rivière, raconte Claudia  
Alpire, paysanne indigène de la commune de Filadelfia, et là ils ont  
tué les enfants. Des enfants d’1 an, de 6 ans, et de 8 ans, qui  
pleuraient et suppliaient leurs mères pour qu’on ne les tue pas. Ils  
les ont d’abord battus et après ils leur ont tiré dans le dos. Ces  
enfants sont là-bas et je crois que les poissons les ont mangés.» Le  
gouvernement, qui estime que le carnage a fait au bas mot 15 morts,  
une trentaine de blessés et provoqué une centaine de disparus -  
certaines sources font état de 30, voire 100 victimes -, n’a pas  
encore confirmé la mort d’enfants alors que la recherche de corps se  
poursuit.

Une commission d’enquête de l’Assemblée bolivienne des droits de  
l’homme est déjà sur place, en attendant la venue d’organisations  
internationales. Pour Rodrigo Melina, les autorités locales sont  
impliquées : «Le responsable, c’est Leopoldo Fernandez [le gouverneur  
du Pando, ndlr], affirme-t-il. Nous avons vu des véhicules des  
autorités locales avec à l’intérieur plus de 30 hommes armés de  
fusils, de mitraillettes et de revolvers.» Les rescapés soulignent que  
de nombreux corps ont été récupérés par les auteurs de la tuerie pour  
être enterrés dans une fosse commune.

Accusé par le gouvernement d’être responsable du massacre et d’avoir  
engagé des mercenaires, dont des ressortissants brésiliens et  
péruviens, pour accomplir le sale boulot, le gouverneur Fernandez a  
été arrêté mardi à Cobija par les militaires, officiellement pour  
«refus de se soumettre à l’état d’urgence», avant d’être transféré à  
La Paz et détenu dans un endroit gardé secret.

Les événements du Pando ont été les plus violents de la semaine  
d’affrontements qui ont opposé les militants autonomistes aux  
partisans du président Morales. Et l’état d’urgence a été décreté par  
le chef de l’Etat, vendredi, dans cette région frontalière du Brésil  
et du Pérou.

«Il n’y aura pas d’impunité dans ce dossier», avait prévenu dès  
dimanche Sacha Llorenti, vice-ministre des Relations sociales,  
ajoutant même : «Leopoldo Fernandez aura droit à une sentence de  
trente ans de prison.» Visé par une instruction ouverte par le  
procureur général de la République pour «génocide dans sa catégorie de  
massacre sanglant», le préfet risque en effet une peine maximale de  
trente années d’emprisonnement, sans possibilité de libération  
anticipée.

Régime de terreur. Agé de 56 ans, Leopoldo Fernandez a été député et  
sénateur du Pando de 1979 à 2005, avant d’être élu préfet. Au sein du  
parti Action démocratique et sociale (ADS), il a participé au retour  
au pouvoir de l’ancien dictateur militaire Hugo Banzer en 1997. Les  
opposants à Fernandez, également entrepreneur du secteur agro- 
industriel, l’accusent d’avoir instauré un régime de terreur à la  
solde des grands propriétaires terriens. Le Comité civique proSanta  
Cruz, principale organisation autonomiste, a réclamé hier la  
libération immédiate du gouverneur du Pando, sans pour autant mettre  
dans la balance une éventuelle rupture du fragile dialogue entre  
gouvernement et opposition.


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