[R-G] L'Egypte : une clé pour comprendre et libérer le Moyen-Orient
Yoshie Furuhashi
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Wed Jun 4 12:39:56 MDT 2008
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Que Faire – numéro 8 – mai/juillet 2008
L'Egypte : une clé pour comprendre et libérer le Moyen-Orient
Sellouma
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La gauche et les Frères Musulmans
Comme l'Iran, l'Egypte est un pays qui a une classe ouvrière massive,
potentiellement capable de déstabiliser les régimes en place. Les
révolutionnaires présents dans le pays ont donc un rôle central à
jouer au sein du mouvement ouvrier. Mais ceux-ci sont peu nombreux, et
la politique menée par le parti communiste égyptien a pour une grande
part contribué à détériorer l'image d'une gauche censée combattre
l'Etat. Au milieu des années 80, ils formèrent un alliance avec l'Etat
contre les islamistes, et mirent de côté toute critique contre
l'impérialisme et les réformes économiques. En 5 ans, la vente de leur
journal est passée de 150 000 à 3 000 exemplaires6. Aujourd'hui
encore, le PC accuse le Hamas de diviser les palestiniens, alors que
Egypte s'est alliée avec Israël pour mener une offensive militaire
contre le Hamas. Cette attitude dénote une incompréhension totale de
ce que sont les partis politiques se réclamant de l'islam dans la
région.
Pour mieux comprendre la stratégie à adopter vis-à-vis des partis
d'opposition, il est important d'abord d'étudier sérieusement ce
qu'est aujourd'hui la confrérie des Frères Musulmans. Cela veut dire
avoir un regard de classe, démystifié, c'est-à-dire un regard
politique et marxiste sur ce qu'est cette organisation. Elle compte
aujourd'hui 1 million de membres, ce qui n'a pas toujours été le cas.
Aujourd'hui, la confrérie est incontournable. De manière générale,
l'histoire des Frères Musulmans a connu beaucoup de revirements,
surtout en période de lutte de classes, car elle cherchait à concilier
les intérêts contradictoires des classes populaire, de la vieille et
de la nouvelle classe dirigeante7. Il est important pour le comprendre
d'enlever le vernis religieux qui obscurcit de nombreux débats autour
cette organisation. Parce que nous pensons que le mouvement de
l'histoire est celui de la lutte des classes, les contradictions se
situent alors au niveau des interprétations de l'islam entre la classe
ouvrière et la classe moyenne8.
Les problèmes que traverse la société égyptienne sont pour eux de la
faute du comportement « non-religieux » des égyptiens, en particulier
les Coptes et les femmes, et non pas celle du capitalisme et du
pouvoir en place. Pour éviter les confrontations de classe, les hauts
dignitaires de la confrérie ne combattent pas l'appareil d'Etat, et
militent pour une solution réformiste et associative. Ils construisent
des hôpitaux où l'on peut se soigner gratuitement, ainsi que des
écoles et des mosquées. En accord avec certains notables locaux, ils
pratiquent la baisse des prix. En période de reflux des luttes, cette
implantation a permis aux Frères de gagner en popularité. Ainsi,
durant la grève de 1977, elle apporta même son soutien à l'Etat. La
masse paupérisée d'étudiants et de paysans sans avenir, base militante
ou sympathisante de la confrérie, est plus attirée par une vision
révolutionnaire remettant en cause l'Etat.
Aujourd'hui, cette base plus importante que jamais, est une
opportunité pour les révolutionnaires de montrer le terrain réel de la
lutte. Cette brèche s'est ouverte sur les bases d'un travail en commun
entre organisations de gauche et Frères Musulmans sur la question de
la guerre en Irak. La force des camarades révolutionnaires, peu
nombreux, mais organisés au sein du front Kifaya, c'est leur clarté
vis-à-vis des enjeux de ce mouvement. Leur objectif est de
prolétariser leurs effectifs et de créer un réseau entre les luttes.
Actuellement, les perspectives sont plus ouvertes grâce aux
manifestations ouvrières de ces derniers mois, dans laquelle les
sympathisants et militants de base de la confrérie impliqués dans le
mouvement n'ont pas d'intervention islamiste, mais suivent le
mouvement social. Un article paru sur le site d'Al Jazeera explique
que : « la confrérie a déclaré qu'elle soutient le droit de grève pour
les travailleurs, mais elle n'a joué aucun rôle dans l'organisation
des manifestations. Le groupe dit ne pas vouloir mobiliser ses
partisans pourqu'ils se joignent à la grève car elle trouve que les
objectifs de cette lutte ne sont pas clairs »9. Sur ce terrain,
malgré les pressions de la base, il n'y a pas d'intervention politique
de la confrérie. En revanche, contrairement à 1977, elle est plus
proche des préoccupations de la classe laborieuse. Ce positionnement
indique clairement que la fracture entre la confrérie et Moubarak est
très importante, à cause de sa politique pro-US, des arrestations des
militants et candidats aux élections, ainsi que la torture d'Etat.
Pour les révolutionnaires, le terrorisme d'Etat est l'ennemi
prioritaire à abbattre. Ne pas répéter les erreurs du passé, c'est ne
pas taire ses agissements, et mener campagne pour la libération de
tous les prisonniers politiques qui sont entre autres Khaled Ahmed10,
Kareem al-Beheiri11, Kamal El-Faioumy12, et George Ishaq13. L'erreur
inverse serait de taire nos divergences avec la confrérie, notamment
sur la question des femmes et des Coptes. Cela implique concrètement
avoir des outils de propagande et des interventions indépendantes.
--
Yoshie
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