[R-G] Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la Palestine, est mort

Yoshie Furuhashi critical.montages at gmail.com
Sat Jan 26 14:31:10 MST 2008


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Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la
Palestine, est mort
LEMONDE.FR | 26.01.08 | 20h30  •  Mis à jour le 26.01.08 | 22h05

Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la
Palestine (FPLP) est décédé samedi 26 janvier à Amman, où il résidait
depuis 1992. Il avait 81 ans. Georges Habache avait abandonné son
poste de secrétaire général du FPLP, mouvement radical nationaliste,
en juillet 2000 après avoir dirigé l'organisation pendant plus de
trente ans.

Personnage charismatique, il a longtemps été le plus populaire des
dirigeants historiques du mouvement de libération nationale
palestinien. Sa popularité a rejailli sur l'ensemble de son mouvement,
et ce malgré ses dérives terroristes dans les années 1970. Médecin
chrétien palestinien, formé à l'Université américaine de Beyrouth, il
avait abandonné sa profession d'origine pour se consacrer à une lutte
sans merci contre l'Etat d'Israël et les pays occidentaux, marquée
notamment par plusieurs détournements d'avions.

Victime en janvier 1992 d'une hémorragie cérébrale, il avait été
hospitalisé quelques jours en France, ce qui avait provoqué un
important scandale à l'époque. Nous republions le portrait qu'avait
alors dressé de lui "Le Monde".

Georges Habache, le chef du "front du refus"

Convaincu de la nécessité de mener jusqu'au bout la lutte pour
récupérer la patrie perdue, Georges Habache a toujours personnifié le
" front du refus " au sein du mouvement palestinien. Toute son action
politique a été caractérisée par le rejet du compromis. Il a su, à
l'occasion, faire des concessions, mais elles étaient le plus souvent
de pure forme. Désabusé par la défaite arabe de juin 1967, il s'est
déclaré en faveur du marxisme, de la "guerre populaire" contre Israël
et de la révolution dans le monde arabe, attribuant à ses origines
bourgeoises et à sa culture anglo-saxonne son anti-communisme
antérieur.

Issu d'une famille de commerçants chrétiens grecs orthodoxes, Georges
Habache est né à Lydda en 1926. Il a vingt-deux ans au moment de la
création de l'Etat d'Israël. Il assiste alors à l'expulsion des
habitants arabes de Lydda, parmi lesquels les membres de sa famille.
Profondément marqué, il entame une activité militante à l'Université
américaine de Beyrouth où il est étudiant en médecine. Participant à
des manifestations où plusieurs de ses camarades sont tués, il est
déjà un meneur d'hommes. Ce qui ne l'empêche pas d'être premier de sa
promotion lorsqu'il obtient en 1951 son diplôme de docteur en
médecine.

Avec d'autres étudiants Hani Al Hindi (syrien), Ahmed El Khatib
(koweïtien) et Wadih Haddad (palestinien), il fonde le Mouvement des
nationalistes arabes (MNA). Les membres-fondateurs du MNA se
dispersent pour fonder des branches en Irak, en Syrie, en Jordanie, au
Koweït et à Aden. Ainsi se retrouve-t-il, en 1952, à Amman. Il y crée
une école pour les réfugiés et un "dispensaire du peuple" où il exerce
comme pédiatre jusqu'en 1957. Il essaie de mener une activité
politique légale en se présentant aux élections législatives
jordaniennes de 1956. Il est battu. La proclamation de la loi martiale
en Jordanie en avril 1957 l'oblige à entrer dans la clandestinité :
plusieurs attentats à la bombe ayant été attribués au MNA, il est
condamné à trente-trois ans de prison par contumace.

DÉTERMINATION ET RIGIDITÉ

La proclamation de l'union syro-égyptienne, en février 1958, lui
procure un refuge, et il séjourne durant cinq ans à Damas, se
réclamant du nassérisme, comme tout bon unioniste arabe de l'époque.
Les relations s'étant détériorées en 1963 entre nassériens et
baassistes, ces derniers ayant dans l'intervalle pris le pouvoir à
Damas, Georges Habache se rend à Beyrouth. C'est en décembre 1967
seulement que son activité prend un caractère exclusivement
palestinien. De retour à Damas, il fonde le Front populaire pour la
libération de la Palestine (FPLP) issu de la fusion de trois
organisations : les Héros du retour, les Jeunesses de la vengeance et
le Front de libération de la Palestine d'Ahmed Jibril.

Le FPLP, dont Georges Habache est le secrétaire général, va subir
plusieurs scissions, les principales étant celles décidées par Ahmed
Jibril et Nayef Hawatmeh. Dans quelle mesure l'autoritarisme d'un
Habache a-t-il été à l'origine de ces brouilles ? Sa détermination
farouche et sa rigidité lui ont, en tout cas, valu beaucoup d'ennemis.
La création du FPLP a de toute façon marqué pour Georges Habache le
passage du combat politique, orienté vers l'unité arabe, à l'action
violente pour libérer la Palestine. Son hostilité aux régimes arabes
leur quasi-totalité, puisqu'il se détachera même de Nasser après que
celui-ci eut accepté le plan Rogers de désengagement, en juillet 1970
est accentuée par son arrestation à Damas, en mars 1968.

"LE DOIGT SUR LA GÂCHETTE"

C'est à ce moment qu'il dénonce la coopération avec les gouvernements
arabes, lançant ses fameux slogans : "La route de Tel-Aviv passe par
Amman et Beyrouth" ; "La lutte palestinienne a besoin, pour triompher,
d'un Hanoï arabe". Aussi ne trouvera-t-il d'autres soutiens qu'en Irak
et en Libye. Les pays communistes, bien qu'ils l'aient accueilli à
plusieurs reprises, ne lui étaient pas non plus très favorables. Les
Soviétiques avaient lancé en 1974 une campagne contre lui le traitant
de "pseudo-révolutionnaire", mais ils avaient modifié leur attitude à
son égard après son ralliement en 1979 au principe des deux Etats,
l'un juif, l'autre arabe, en Palestine.

En 1969, Georges Habache s'installe de nouveau à Amman ; la résistance
palestinienne y est toute puissante et lance sa tactique controversée
au sein de l'OLP des détournements d'avions et des commandos suicides
contre des objectifs, même étrangers, pour peu qu'ils soient liés à
Israël. Ce type d'opérations culmine avec le triple détournement vers
Amman, en septembre 1970, qui provoque la riposte du roi Hussein.
Celui-ci lance son armée à l'assaut des fedayins. La résistance est
liquidée en Jordanie et se replie sur Beyrouth. Et c'est en 1972 que
Habache annonce qu'il renonce aux détournements d'avions, expliquant
que ces opérations ayant atteint leur objectif, elles n'ont plus de
raison d'être. Mais il demeure, au sein de l'OLP, l'homme
intransigeant qui dénonce toutes les "capitulations", s'opposant avec
acharnement tant à une participation palestinienne à une solution
négociée de la crise du Proche-Orient qu'à la création d'un mini-Etat
palestinien. Après la guerre d'octobre 1973, il se retire du comité
exécutif de l'OLP (juin 1974) et menace de s'en séparer si la centrale
palestinienne doit approuver une conférence de paix à Genève. Cinq ans
plus tard, cependant, il se rallie aux thèses de Yasser Arafat pour
une " solution transitoire " et autorise ses représentants à siéger au
sein du comité exécutif.

La guerre du Liban, qui aboutit à un contrôle du pays par l'armée
syrienne, réduit la marge de manoeuvre de M. Habache au sein de l'OLP
et ses possibilités d'action hors de celle-ci. Au cours des années 80,
sous la houlette de Yasser Arafat, l'OLP va modérer peu à peu sa
position jusqu'à ce qu'en 1988 les Etats-Unis acceptent de nouer
officiellement un dialogue avec la centrale palestinienne. Georges
Habache proteste vivement, mais évite la rupture, de même lorsque
l'OLP avalisera la participation d'une délégation palestinienne à la
conférence de paix de Madrid. Durant la crise du Golfe, il consent à
se rendre à Amman, pour la première fois depuis le " septembre noir "
de 1970, et à rencontrer son vieil ennemi, le roi Hussein. Mais il n'a
rien perdu de sa virulence. Alors, dénonçant la coalition
anti-irakienne, il déclare notamment : "Nous avons le doigt sur la
gâchette pour ouvrir le feu sur les intérêts américains et
occidentaux..."

Entre autres méfaits, les Israéliens accusent le FPLP d'avoir
commandité l'attentat à l'aéroport de Lod-Tel Aviv, commis en 1972 par
trois terroristes japonais (vingt-six morts), d'avoir ordonné
l'attaque contre des passagers d'El Al à Orly en 1978 (deux morts,
dont un policier français), puis l'attentat contre la synagogue de la
rue Copernic, à Paris en 1980 (deux morts, soixante-dix blessés). Sans
parler de l'assassinat de nombreux "collaborateurs" des Palestiniens
modérés dans les territoires occupés, notamment Zafer el Masri, maire
de Naplouse, en 1986 ("liquidation" revendiquée par le FPLP).

Les services secrets israéliens ont été jusqu'à détourner un avion
deligne Beyrouth-Bagdad, en 1973, croyant le trouver à bord. Les
gouvernements arabes n'étaient pas moins hostiles à son égard. Aussi
la vie de Georges Habache, compliquée par un état de santé précaire
depuis 1972, était-elle entourée d'un grand mystère et ses lieux de
résidence inconnus. Basé à Damas ces dernières années, sa position est
devenue d'autant plus délicate que son hôte, le président Assad, a
rallié la coalition anti-irakienne aux côtés des Etats-Unis.

(article publié le 1er février 1992)

George Lucien

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Yoshie
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