[R-G] Doug Ireland on Obama

Yoshie Furuhashi critical.montages at gmail.com
Fri Jan 4 22:23:26 MST 2008


<http://www.bakchich.info/article2274.html>
Obama casse la baraque
Etats-Unis | vendredi, 4 janvier 2008 | par Doug Ireland

La campagne pour la présidentielle américaine entre enfin dans le vif
du sujet avec les caucus de l'Iowa, qui ont vu la victoire du beau
Barack Obama dans le camp démocrate. Décryptage d'un drôle de
candidat.

En cette 7è année de guerre en Irak, les électeurs de l'Iowa ont donné
une baffe historique à la candidate de l'establishment du parti
démocrate : Hillary Clinton. Hier soir, celle qui a voté pour cette
guerre a subi une cuisante défaite, n'arrivant que troisième. Il y a
quelques mois encore, les pontifes médiatiques déclaraient pourtant
que la victoire de Hillary La Froide était « inévitable ». Et, jeudi
soir, la Reine de Glace a été détrônée par le sénateur de l'Illinois,
Barack Obama, un métis dont le père vient du Kenya et la mère du
Kansas, au coeur de l'Amérique profonde, et opposé à la guerre en Irak
depuis le début. Dans les 1 800 réunions locales du caucus de l'Iowa,
quelque 236 000 personnes ont bravé les vents glaciaux de la plaine
pour se rendre aux urnes. Le taux de participation a battu tous les
records, multiplié par deux comparé à celui de 2004. Il y avait de la
passion dans ce vote.

Les femmes ont voté Obama

Le résultat final est le suivant pour les démocrates : 38 % pour
Barack Obama, 30 % pour John Edwards et 29 % pour Hillary Clinton.
Sept électeurs sur dix ont rejeté la candidature de Hillary. C'est
énorme ! Selon des sondages effectués à la sortie des urnes, Obama l'a
même confortablement battue chez les femmes avec 35 % de votes en sa
faveur, contre 23 % pour Clinton. Quant aux autres candidats qui n'ont
ramassé que des miettes, à savoir les sénateurs Joe Biden du Delaware
(président de la Commission des Affaires Etrangères du Sénat) et
Christopher Dodd du Connecticut (ancien président du Parti Démocrate),
ils ont renoncé à leurs candidatures après l'annonce des résultats. Le
Gouverneur du Nouveau-Mexique, Bill Richardson, un autre métis né d'un
père banquier blanc et d'une mère mexicaine, espère toujours être
nommé comme candidat à la vice-présidence dans le ticket du Parti
Démocrate. Et se maintient donc dans la course en dépit de son score
décourageant de 2 %. Mais pour combien de temps encore ?

Les caisses d'Edwards presque à sec

Le fringant John Edwards, ancien sénateur de l'Etat sudiste de
Caroline du Nord, ex-candidat à la vice-présidence du Parti Démocrate
en 2004 et avocat millionnaire, a fait campagne sur le thème de « la
corruption de Washington causée par l'avidité des grandes entreprises
». Il bénéficiait du soutien des syndicats de l'Iowa ainsi que d'une
bonne organisation politique sur le terrain. En dépit de son message à
tendance "populisme-économique", il a été devancé de 6 points par
Obama au sein des votants syndiqués.

Edwards est particulièrement fier d'avoir battu Hillary qui avait
dépensé 20 millions de dollars dans l'Iowa (selon le Los Angeles
Times) contre à peine 4 millions pour Edwards. S'il avait beau clamer
à l'annonce des résultats que « ce soir le statu quo a perdu et le
changement a gagné », force est de constater que, lui aussi, tout
comme Hillary, a été jugé trop vieux jeu par les votants du caucus.
Immédiatement après le vote, il a néanmoins annoncé qu'il maintenait
sa candidature. Hélas pour lui, sa trésorerie de campagne est presque
à sec. Dans ce contexte, difficile d'imaginer qu'il pourrait
l'emporter ailleurs quand on sait que l'Iowa est l'un des Etats où la
base démocrate compte parmi les plus progressistes et où Edwards fait
campagne depuis quatre ans, jouissant ainsi d'une forte notoriété.
Déjà, pour la primaire, essentielle, qui se déroulera dans le New
Hampshire la semaine prochaine, il est a la traîne dans les sondages
et ce, depuis des mois. Un sondage publié ce matin aux Etats-Unis
donne Obama à 39 %, Clinton à 34 % et Edwards seulement à 17 %.

Les discours diaphanes d'Obama

Désormais, le concours pour l'investiture du parti démocrate se réduit
donc à deux personnes : Hillary et Obama. Dans ses discours élégants,
quoique souvent diaphanes, Obama proclame ad nauseam qu'il incarne «
le changement ». Lors de l'un de ses meetings la semaine dernière, le
Washington Post a relevé qu'il a répété le mot « changement » 35 fois
en une demi-heure ! Face au désir des électeurs avides de sang neuf,
la peau brune du beau et jeune Obama (45 ans) s'est transformée en un
avantage, même si l'Iowa est un Etat blanc à 95 %. Tout comme son âge
(il l'a emporté auprès de 57 % des moins de 29 ans), sa race symbolise
le changement qu'il veut incarner.

Mais, au fond, Barack Obama est-il si différent ? Tout comme Hillary,
il « bénéficie du soutien d'importants lobbyistes branchés » comme l'a
souligné The Hill, l'hebdomadaire du Congrès américain dans son
édition du 28 mars 2007. Dans cet article écrit par Mike Williams,
directeur des relations gouvernementales à Washington du Crédit Suisse
Securities, The Hill qualifie la liste des lobbyistes faisant campagne
pour Obama d'« aussi large » que celle de Clinton.

Dans un autre article en date du 20 décembre, le même hebdo révèle les
noms de deux autres lobbyistes de taille oeuvrant pour Obama. Ces
derniers sont à la fois rémunérés par le sénateur et par leurs
employeurs respectifs. Il s'agit en l'occurrence de Patton Boggs, un
cabinet d'avocats dont le site web s'enorgueillit d'être «
systématiquement classé n°1 des lobbyistes par le National Journal »
et du Podesta Group, classé n°3 des lobbyistes par le Washington
Magazine. Ce qui n'est pas rien, quand on sait que tous les clients de
ces lobbys, où Obama compte de nombreux soutiens, sont les
multinationales les plus importantes du monde.

Faut-il y voir là la raison pour laquelle dans ses appels à « une
nouvelle ère sans divisions », Obama semble ignorer l'enjeu que
représente la cupidité galopante des grandes entreprises ? Dans sa
chronique du 24 décembre 2007, le très progressiste chroniqueur du New
York Times, Paul Krugman, critiquait d'ailleurs vivement Obama pour
avoir attaqué les comités d'action politique des syndicats comme des
centres « d'intérêts spéciaux » qui ont « trop d'influence à
Washington ». Tout comme les comités d'action politique des grandes
entreprises réputés pour être extrêmement bien financés. Krugman
notait qu'Obama n'était pas soutenu par les syndicats, car son message
en faveur d'une « nouvelle politique » dépassant « les amertumes de la
politique partisane » n'avait pas de sens pour les leaders syndicaux.
De par leur expérience en matière de confrontation avec les grandes
entreprises et leurs alliés politiques, ceux-ci savent pertinemment
que l'esprit partisan ne disparaîtra pas dans un proche avenir.

Jesse Jackson critique Obama

Les sermons centristes et un peu fades d'Obama, toujours plein de
bondieuseries, qui appellent à « la fin de la division en sections de
notre politique » sont même âprement critiqués par l'un de ses propres
supporters : Jesse Jackson, le doyen des leaders noirs américains et
candidat à la présidence à deux reprises dans les années 80.
Interviewé par The State, un quotidien de Caroline du Sud le 18
septembre dernier, Jackson accusait Obama « de la jouer trop blanc »,
car il n'avait pas fait d'allusion aux problèmes de justice raciale
lors de l'arrestation de six lycéens noirs à Jena, dans l'Etat sudiste
de Louisiane pour tentative de meurtre. Une rixe avait eu lieu lorsque
des noirs avaient "osé" s'asseoir sous un arbre "réservé" aux blancs.
L'injustice flagrante de ces arrestations avait provoqué des
manifestations importantes de la part de toutes les associations de
noirs auxquelles s'étaient joints des religieux et des leaders
progressistes blancs.

Obama prêt à bombarder le Pakistan

Mais ce sont sur les relations internationales qu'Obama s'est montré,
sur le fond, proche de Hillary, partisane d'une politique
impérialiste. Par exemple, le 1er août dernier, comme l'a rapporté
l'agence Reuters, Obama a menacé de bombarder unilatéralement le
Pakistan, si les services de renseignements américains y localisaient
des cadres d'Al Qaida et que le président Musharraf refusait d'agir.

Le discours d'Obama devant le très élitiste Chicago Council on Global
Affairs le 23 avril 2007 était tout aussi clair. Il y affirmait croire
en une Pax Americana globale. Il disait qu'un « président américain ne
devrait jamais hésiter à utiliser la force, même de manière
unilatérale, pour protéger nos intérêts vitaux quand nous sommes
attaqués ou sous le coup d'une menace imminente. »

En ayant recours à la notion de « menace imminente », Obama adopte la
politique d'une guerre de prévention si chère à Bush. Et Obama de
continuer : « je crois toujours que l'Amérique est le dernier et le
meilleur espoir de la planète. Il faut simplement montrer au monde
pourquoi. Le président actuel [Bush] occupe la Maison-Blanche, mais
pendant ces six dernières années le poste de "leader du monde libre"
est resté vacant. Il est temps de l'occuper ».

Rien d'étonnant donc que ce discours musclé d'Obama ait été vivement
salué par le gourou néo-conservateur Robert Kagan dans une chronique
publiée le 29 avril 2007 dans le Washington Post et intitulée « Obama,
l'interventionniste ». Ce même Kagan est le co-auteur (avec un autre
néo-conservateur de taille, William Kristol) du célèbre article «
Toward a Neo-Reaganite Foreign Policy » (Vers une politique étrangère
néo-réganienne, du nom de l'ancien président américain) paru en 1996
dans la prestigieuse revue Foreign Affairs. On y lisait que l'objectif
de Washington devait être de préserver « l'hégémonie américaine afin
de remplir notre responsabilité dans le monde ».

Dans la revue Foreign Affairs de juillet-août 2007, Obama lui-même
écrivait un article "interventioniste" acclamé par l'hebdo anglais
conservateur The Economist qui spécifiait : « il est difficile de ne
pas qualifier la politique étrangère de Barack Obama de
"clintonienne". Le calcul de Monsieur Obama semble être que sa
rhétorique visionnaire sera assez puissante pour forcer les électeurs
à considérer les récompenses psychiques d'une politique étrangère
omnivore qui fonctionnerait, au lieu de penser aux risques et aux
coûts d'intervenir à tort. »

Idem pour l'Iran

Comme le notait le quotidien conservateur New York Sun du 26 décembre
2006 dans un longue article sur la politique étrangère du sénateur, «
Obama se donne de la peine pour se démarquer de la gauche qui minimise
les dangers menaçant l'Amérique ». Le quotidien rapporte également
qu'« il a tendance à soutenir l'idée d'un bombardement de l'Iran, si
d'autres méthodes n'arrivent pas à convaincre Téhéran d'abandonner son
programme d'armes nucléaires ». Et Obama s'est délibérément absenté
lorsque le Sénat a voté la résolution qualifiant la Garde républicaine
iranienne d' « organisation terroriste ». Cette résolution avait à
l'époque été interprétée par tout le monde ou presque comme un chèque
en blanc pour bombarder l'Iran si Bush voulait le faire.

Quid de l'Irak ?

Quant a l'Irak, il est vrai qu'Obama s'est opposé a son invasion en
2002. Il était en effet à la tête d'une circonscription à moitié noire
(une population très opposée à la guerre) et à moitié universitaire
(la célèbre université de Chicago, réputée être un centre d'agitation
anti-invasion s'y trouve). Plus tard, la position d'Obama s'est
révélée plus ambigüe. En juillet 2004, au sujet du vote du Sénat de
2002 sur la guerre, Obama déclarait au New York Times : « qu'aurais-je
fait ? Je ne sais pas ». La même année, il annonçait aussi à la
National Public Radio : « je ne considère pas ce vote comme une
décision facile et je n'étais certainement pas en position de voter
pour ou contre. Je crois qu'il y a plusieurs points de vue valides sur
cette question ». Voilà qui ne constitue pas une déclaration
tonitruante d'un anti-guerre !

En tant que politicien opportuniste, Obama n'a commencé à clairement
exprimer son refus de la guerre en Irak que lorsqu'il a lancé sa
campagne pour la présidence. Et encore, c'était un moyen de se
distinguer de Clinton, d'Edwards et de Biden qui ont tous voté pour.
Obama a même couru après les conseils de Colin Powell, l'apologiste
préféré de Bush lorsqu'il s'était agi d'envahir l'Irak et le
dénonciateur des fantomatiques « armes de destruction massives ».
Powell a, en personne, admis lors de l'émission télévision "Meet the
Press" du 10 juin 2007, qu'il avait conseillé Obama à plusieurs
reprises.

On peut applaudir la défaite de Hillary et se féliciter qu'une partie
de l'Amérique soit assez mûre pour enfin accepter un noir comme
candidat à la présidence. Mais de là à attendre beaucoup de «
changements » de la part d'Obama s'il devenait éventuellement le
locataire de la Maison Blanche, alors là mes enfants, il ne faut pas
exagérer ! Le slogan de sa campagne est « A change we can believe in »
(Un changement auquel on peut croire). Moi, je n'y crois pas.
--
Yoshie
<http://montages.blogspot.com/>



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